mardi 14 octobre 2014

Contribution aux débats à Québec solidaire: L’économie c’est de la politique. La politique, c’est de l’économie.


Québec solidaire tiendra un important conseil national à la fin novembre à Trois-Rivières. À cette occasion, les délégations de partout au Québec débattront des stratégies pouvant le mieux assurer le développement futur du parti. Un des enjeux soulevés par les documents du Comité de coordination national est la mauvaise « perception » dont souffrirait le parti sur le plan de la « crédibilité économique ». Mais la question qu’il faudrait d’abord se poser est celle des raisons de cette perception. En bref, nous ne cadrons pas avec la pensée économique dominante. Nous devrions en être fier et développer des moyens de rallier une partie toujours plus grande de la population à cette vision dissidente de la prospérité.

Nous avons toujours soumis des cadres financiers équilibrés résultant d’un travail rigoureux. Nos propositions fiscales et économiques sont les mêmes que celles de bien des organisations bien établies au Québec, dont les syndicats, certains regroupements étudiants et bien des groupes communautaires. La campagne autour de la manifestation du 31 octobre en est un bon exemple.[i] Les travaux de l’IRIS valent bien ceux des économistes du courant dominant, soit celui de la théorie économique néoclassique, du néolibéralisme et de l’austérité.

Ce n’est pas le sérieux de nos propositions qui est remis en cause par les médias et nos adversaires (affectant notre perception dans la population) mais le contenu social et politique de nos propositions. Il est vrai que nous pourrions être plus concrets dans l’application de nos orientations économiques à l’échelle régionale. D’autres améliorations sont envisageables dans notre plan pour sortir du pétrole, par exemple. Mais l’idée selon laquelle QS n’est pas « crédible » sur ce terrain sera toujours présente parce que diffusée constamment par le camp adverse qui demeure hégémonique. Le NPD, qui existe depuis plus de 50 ans et a assumé le gouvernement de la moitié des provinces est encore attaqué de cette manière, et ce, malgré son engagement ferme en faveur du capitalisme en général et des budgets équilibrés en particulier.  

Le fond du problème est que Québec solidaire n’est pas un parti du 1%. Sans être explicitement anticapitalistes et encore moins socialistes, nous nous démarquons par notre critique de la recherche du profit maximum, immédiat et à tout prix (pour l’environnement, la société, la démocratie…). Seul un appui inconditionnel pour le capitalisme, et un engagement à respecter le consensus économique qui s’est imposé depuis les années 1980 pourrait peut-être nous gagner ce genre de « crédibilité », mais ce serait au prix de l’abandon de nos principes et des secteurs de la population que nous voulons défendre contre les attaques des riches et des patrons.

Notre stratégie devrait plutôt être basée la diffusion d’une critique clairement articulée des fondements de la pensée économique dominante. Nous voulons une économie fondée sur la coopération en vue de satisfaire les besoins de tous et toutes à long terme. L’économie, c’est le travail que chacun et chacune accomplit au bénéfice de la société dans son ensemble. Il n’y a pas de secteur « productif » et de secteur « non productif » dans l’économie. Tout travail socialement utile crée de la richesse.

Le vrai réalisme fiscal

Un autre aspect essentiel de notre stratégie doit être notre réponse au populisme fiscal que partagent les trois autres partis à l’AN et qui est la caractéristique centrale de la CAQ. Les personnes qui gagnent assez pour payer de l’impôt sur le revenu mais pas assez pour mettre leur fortune dans des paradis fiscaux sont la clientèle naturelle de la CAQ. Ça fait beaucoup de monde!

Un des documents produits pour la dernière campagne électorale indiquait comment certaines de nos politiques pourraient entraîner des réductions dans le coût des services publics. C’est bien beau, mais nos propositions ne pourront jamais rivaliser, sur ce plan, avec une orientation qui consiste à réduire les services de manière significative, sans égard pour les conséquences sociales et l’accroissement des inégalités. Sur ce plan, le rôle de Québec solidaire devrait être de dire ce que les gens ne veulent pas forcément entendre, comme : « On ne peut pas faire plus avec moins. » ou « Pour avoir de bons services publics, il faut payer des impôts. ».

Comptons sur le fait qu’à moyen et long terme, les gens se souviendrons de qui leur a dit la vérité et qui leur a promis tout et son contraire pour gagner des votes.  

Environnement et démocratie

La critique du modèle extractiviste doit aussi aller plus loin que sa dimension environnementale et inclure la manière dont il structure les communautés, son impact sur les rapports de pouvoir, sur les relations avec les Premières Nations, etc. Nous sommes contre les énergies fossiles et le nucléaire parce que qu’elles placent des millions de personnes en situation de dépendance envers des sources d’énergie contrôlées par des institutions (publiques ou privées) échappant à tout contrôle démocratique. L’économie est indissociable de la politique sur ce terrain.

Sur le plan environnemental, nous devons aussi critiquer systématiquement le protectionnisme du carbone : l’idée que le pétrole d’ici (ou de l’Alberta) est meilleur que le pétrole d’ailleurs. Notre critère n’est pas : « Est-ce qu’il y a de l’argent à faire? », mais plutôt «  Que devons-nous faire pour l’avenir de la planète? ». Il faut aussi développer une critique des fausses solutions mises de l’avant par le capitalisme vert, comme les bourses du carbone. En liant le droit de polluer à un marché, on ne fait que consolider la situation qui permet aux riches de détruire l’environnement de tout le monde et se payer toutes les « adaptations » nécessaires face aux conséquences.

Contrairement à ce que mentionne le document sur la conjoncture, ce n’est pas « la collusion/proximité entre des lobbyistes et un gouvernement complaisant et complice » qui explique l’adhésion du gouvernement actuel (et du précédent) à l’extractivisme. C’est la logique d’un système économique fondé sur la recherche du profit maximum à court terme et l’accumulation sans fin de capital dans un système de compétition global. Tant les grandes entreprises minières, gazières ou pétrolières que les gouvernements libéraux ou péquistes ne sont que des instruments au service de ce système. Nous sommes le sable dans l’engrenage, les saboteurs de la machine infernale - pas une équipe de mécaniciennes et de mécaniciens qui veulent faire fonctionner la machine le plus longtemps possible. 

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